Petite approximation du “But”
Dans son bestseller « The Goal », Goldratt présente sa célèbre Théorie des Contraintes (Theory Of Constraints ou TOC). Un point important de cette théorie est la détermination de la contrainte, sans laquelle la méthode perd de son sens. Dans une usine, la contrainte du flux de production est très souvent la machine goulot. Dans son livre, Goldratt affirme que dans un flux de production, la machine goulot est celle devant laquelle se trouve le stock de pièces le plus important.
Je vous propose de tester cette méthode sur la ligne suivante qui n’a rien de particulièrement biscornu.

Il s’agit d’une ligne de production comportant quatre machines : M1, M2, M3 et M4. Les capacités de production des machines sont respectivement de 100, 90, 85 et 100 pièces / heure. Ces machines sont séparées par des stocks intermédiaires S1, S2, S3 et S4. Vous êtes un nouveau lecteur du « Le But » vous avez l’occasion de visiter cette ligne de production.
Voici ma question : A votre avis, où trouverez-vous le stock de pièces le plus important?
Petit « coup de pouce » : la réponse est S2 ou alors S3.
Vous pouvez laisser votre réponse en commentaire et également, au passage, n’hésitez pas à partager votre avis sur le livre de Goldratt, votre expérience de sa lecture (si vous l’avez lu bien sûr) et l’application que vous en avez faite dans votre boulot.
Effectivement le stock le plus important serait S2 alors que le stock du goulot est S3… Décidément la vulgarisation à outrance des concepts à ses limites…
Le stock le plus important est S2 – ce qui importe n’est pas “d’avoir la plus grosse” capacité de production, mais bien d’être adapté à l’ensemble du processus. C’est un problème typique des réorganisations industrielles, ou l’on augmente la capacité d’une machine donnée pour augmenter la productivité, mais sans penser aux machines ou processus en aval qui ne peuvent pas absorber l’exces de production.
En étant théoricien et en parlant comme le livre : Puisque l’on applique les principes du Lean Manufacturing, en adaptant la production à la demande client et en ne produisant que ce qu’il est nécessaire, les stocks ne sont la que pour absorber des arrêts non programmés, sans arrêter l’ensemble de la ligne. Sans connaître les disponibilités il est difficile de savoir ou risque de se constituer le stock….
En regardant avec un oeil plus pragmatique, c’est a priori S2 qui va être le plus important, à l’encontre de la théorie du but.
J’ai lu ce livre il y a environ 15 ans quand j’étais étudiant en Qualité, je crois qu’une nouvelle lecture s’impose avec l’éclairage de l’expérience.
Régis
@reg
Salut Reg,
D’accord avec ton commentaire sur les disponibilités. Je n’ai pas introduit cette notion pour ne pas complexifier le problème.
Cela dit, ta précision est intéressante car certains adeptes de la théorie des contraintes confondent allégrement la machine « menante » (dont le temps de cycle est le plus long) à la machine goulot, qui elle combine les effets de l’efficacité (au sens du OEE ou du TRS) et du temps de cycle. Ainsi, la machine goulot peut être différente de la machine la plus lente (menante) ou de la machine la moins efficace (fiabilité, maintenabilite, performance et qualité).
Dans cet exercice, capacité de production = OEE/Tcy.
Alain
Bonsoir à tous,
Le stock est un tampon entre les flux, bref il est donc fonction de la différence entre ce qui rentre et ce qui sort, (ou plus mathématiquement une intégrale des différences de flux) et donc se positionne naturellement en fonction des différences de vitessesdes postes, et donc pas en fonction de la vitesse du poste.
Il n’en reste pas moins que la machine goulot est celle qui limite le flux global et donc doit être l’objet de nos efforts en 1er (SMED, etc) pour augmenter le throughput. C’est bien ce que dit Goldratt.
Goldratt ne dit pas que le stock se retrouve devant le goulot. Il ne dit pas que le problème du goulot est son stock, ni que le stock est le signe d’un goulot …
Christophe (0679786984)
@durand oxiane
Bonjour Christophe,
Merci pour ce commentaire bien argumenté.
Ce que dit Goldratt est que le goulot est la machine devant laquelle se trouve le stock le plus important (accumulation des pièces). Et, c’est ce que diraient bien de personnes naturellement… Cela est quelquefois vrai mais pas toujours. Le but de ce post est de présenter un exemple simple ou cette assertion n’est pas vraie. Comme l’a souligné très justement Florent dans son commentaire ci-dessus, c’est un exemple classique des limites de l’hypervulgarisation. Cela ne retire rien au reste de sa la théorie des contraintes à laquelle j’adhère en bonne partie.
De manière générale, TOC comme son nom l’indique n’est qu’une théorie (pas de preuve mathématique de la véracité) et il est normal qu’il y ait quelques points de « singularités ». J’en ai identifié quelque uns sur lesquels je reviendrai peut-être dans un prochain post (en réalité, ce qui me retient c’est que je ne suis pas certain que cela puisse être discuté utilement dans un post)…
Alain
Bonjour,
Question d’un novice : pourquoi est ce S2?
merci de vos éclairages.